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    Lettre ouverte à Monsieur Eric Lejoindre, Maire du 18ème
 
 Confucius : «  Si les dénominations ne sont pas correctes, les discours ne sont pas conformes à la réalité, et si les discours ne sont pas conformes à la réalité, les actions entreprises n’atteignent pas leur but. » 
  
Monsieur le Maire,
 
Vous avez choisi de répondre par lettre à un tweet de monsieur Ivan Rioufol, éditorialiste  au    Figaro. Sur un ton affable, vous l’invitez à une promenade imaginaire dans le quartier de Goutte d’or et par le biais de la lettre ouverte vous prenez les habitants à témoin.
 
Le sujet est grave, la réalité catastrophique, mais la chose est habillée par un procédé littéraire. Les acteurs rencontrés deviennent des personnages semi-fictifs instrumentalisés pour les besoins de la démonstration. Le kiosquier de Barbès, dans le genre café du commerce, devient celui avec lequel on parlerait gentiment de tout, de ce qui va comme de ce qui ne va pas. Là où il se trouve, il est un peu un personnage central, une référence. L’Atelier Floral de la rue Doudeauville démontrerait, presqu’à lui tout seul, que le renouveau commercial, est non seulement possible mais déjà en cours de réalisation. Les boutiques de la rue des Gardes prouveraient que la création et l’esprit d’entreprise sont au rendez-vous dans le quartier, etc.
L’ambiance se veut conviviale et le récit rassurant. On se prendrait à rêver.
En vous lisant, nous avons donc hésité entre Le voyage d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et le Candide de Voltaire.
Néanmoins, vous n’avez pas totalement chaussé des « lunettes roses ». Un peu à la façon de Candide traversant les champs de bataille mais avec moins de drôlerie, vous déroulez par intermittence et petites touches la liste des problèmes du quartier.
Vous évoquez « la façon dont s’adaptent les délinquants, les prostituées, les dealers » et admettez l’agressivité des vendeurs à la sauvette qui ont envahi certains endroits-clé du quartier.Faisant les louanges d’actions phares entreprises sur les écoles, vous avouez tacitement les graves difficultés qu’elles rencontrent. En revanche vous omettez un sujet sensible, celui des toxicomanes. Vous vous félicitez plusieurs fois de l’absence de tensions communautaires mais vous ignorez le prosélytisme auprès des populations dites « d’origine », comme vous semblez ignorer l’occupation partielle de l’espace culturel par la pratique du culte à l’ICI de la rue Stephenson. Vous parlez de « l’éradication de l’habitat insalubre » tout en restant muet sur la qualité déplorable de l’urbanisme.
Il faudrait donc vous croire !? Nous le voudrions. Mais, tout cela reste de l’ordre de la communication et vous ne souhaitez surtout pas vous appesantir sur ces réalités dérangeantes et courir le risque d’ouvrir la boite de Pandore.
Plutôt qu’une démonstration, votre lettre ouverte, parfois en forme de supplique, est celle d’un nouveau Maire dans l’embarras qui semble demander la clémence de ses administrés et joue la montre devant le « travail de longue haleine » qui l’attend. Survolant les sérieux problèmes accumulés pendant près de deux décennies, vous demandez du temps à des habitants qui n’ont plus le temps d’attendre.
Dans le cours de votre promenade imaginée, vous en venez aux solutions.
Quand vous abordez la « nécessité de diversifier le commerce dans ce quartier », vous demandez aussitôt de convenir « que dans le cadre des lois protégeant légitimement la propriété privée et le commerce, c’est bien difficile ». Difficile est sans doute l’élément de langage que nous sommes censés retenir. Vous nous parlerez de Vital’Quartier, dites-vous, mais vous n’avancez qu’un nom sans son contenu, un dispositif sans budget ni calendrier établi.
Enfin quand vous en venez à la « Zone de Sécurité Prioritaire introduite par l’actuel Gouvernement » et que vous annoncez que « des moyens sont enfin mis par l’État pour ce quartier », vous dites exactement la chose qui n’est pas.
Les effectifs de CRS ont été divisés par deux sinon plus. Et les renforts des 70 jeunes fonctionnaires de police de proximité ont été annulés par le jeu des mutations et des départs à la retraite.    
Plus grave encore, dans un tract intitulé « Etat d’urgence  ZSP18 » qui mérite d’être cité un peu longuement, le syndicat UNSA Police écrit : « Depuis des mois, des individus investissent la Voie Publique qu'ils transforment en lieu de revente et trafic en tout genre ; ordinateurs, bijoux, vêtements, téléphones, ..... Face à ces individus, les policiers ne sont pas assez nombreux pour enrayer l'évolution de cette situation de plus en plus violente. Comprenant cette faiblesse, ces bandes organisées veulent instaurer leurs propres lois et en arrivent aujourd'hui à chasser les policiers ! Nous sommes les victimes de véritables émeutes et nous n'avons pas les moyens de les arrêter. Plus cela dure et plus cela sera violent car la non sanction et la fuite des policiers pour préserver leur propre vie ne peut qu'encourager ces émeutiers dans une escalade de la violence. ».
Le même syndicat dans un article du Parisien du 7 juillet 2014 déclare : « Les voyous tiennent le quartier. Ils volent à Barbès. Ils vendent à Barbès ». La journaliste, Céline Carez, termine son article par : « Jeudi dernier, souffle un fonctionnaire, certains policiers ont reçu la consigne de laisser les contrôles des marchés à la sauvette. »
« Personne n’a capitulé » dites-vous dans votre lettre. Pourtant cela y ressemble beaucoup.
Monsieur le Maire, dans cette situation d’urgence, nous attendons maintenant de vous que vous exigiez de l’Etat, avec l’appui de madame Hidalgo, qu’il joue son rôle en mettant les moyens nécessaires sur ce quartier de façon permanente. Nous attendons aussi de vous et de l’Hôtel de Ville de Paris des décisions énergiques et rapides pour démarrer le dispositif Vital ‘Quartier dont vous venez de nous apprendre que le budget n’a même pas encore été voté.
Ces deux dispositifs, Vital’Quartier et la ZSP, sont des axes majeurs pour sortir le quartier de son ghetto et l’apaiser. Ils ne sont pas les seuls mais sans eux rien ne se fera de façon durable.
Enfin, il va sans dire que votre promenade imaginée, pas plus que notre rencontre du 19 septembre, ne nous ont convaincus, et encore moins la définition de votre objectif par cet euphémisme mal venu de nous « rendre la vie plus douce ». Nous voulons tout simplement que vous travaillez à rendre une vie normale à tous les habitants. Une vie normale, sans superlatif, ni plus ni moins.
Restant à votre disposition,
Citoyennement votre
Claude Sauton, pour le Collectif PCP18
Voir lettre ouverte de Monsieur Lejoindre :

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